|
Si nous sommes beaucoup à acheter des logiciels en toute légalité, il existe un marché parallèle de la copie, dont le chiffre d'affaire net d'impôt, fait rêver plus d'un responsable de magasin. On estime ce marché à plus de 13 milliards de dollars dans le monde (Source : Bsa). Nous avons, après plusieurs semaines de coups de téléphones, rencontré Skidrow. Lui, son truc, c'est de se faire du pognon grâce au piratage. Vous avez dit inconscient ? BALHA : Tu veux garder ton anonymat, tu ne donnes pas ton vrai pseudo de pirate, pourquoi ? Skidrow : Depuis janvier, la police et les associations anti-pirate (Bsa, APP, Clusif...) font la chasse aux pirates. Moi, je crack depuis les années 80, et je n'ai pas envie que cela se termine. De toute façon j'ai tellement de pseudo que t'en donner un ne sert à rien... Sauf me protéger. B :Ca te rapporte Beaucoup S : Comme tu peux le voir, je fais mes courses (Un chariot bien rempli), j'ai une voiture, un appartement et je vais deux fois par an en vacance. B : Concrètement, tu te fais combien ? S : Disons qu'en liquide, je touche entre 17 000 et 20 000 francs. B : Par mois ? S : Oui. B : Pourquoi en liquide ? S : Je propose des échanges, une console de jeu contre 4, 5 CD-ROM, des tickets repas, ou alors, certains produits illicites à fumer. B : De la drogue, contre des jeux ? S : Oui. B : Tu n'as pas l'impression d'être un dealer numérique ? S : Oui et non. Moi j'apporte de la joie pas la mort, j'apporte des nouveautés à des gens qui n'ont pas les moyens de se payer des originaux qui peuvent coûter jusqu'à 800 balles. B :Tu restes un criminel ? S : Pour la loi, il n'y a pas de doute. Mais sérieusement aux yeux de la population... B : Se n'est pas une excuse un peu bidon le coup du prix trop élevé des logiciels ? S : Non, quand tu vois les prix dans ce rayon, regarde 349 F, 699 F, 1490 F. Il faut arrêter le délire. Microsoft, vend des millions de logiciels qui coûtent la peau du cul. Moi je prends ma part, le mec qui vient acheter mes C.D. aura économisée plus de 10 000 balles, moi je lui mes la totale sur un seul C.D. Mon rayon, mon linéaire, c'est mon clavier et mon C.D. B : Qui sont tes acheteurs ? S : Toi, moi, eux, nous. B : Tu peux être plus clair ? S : Toi, tu m'as acheté, il y a quelques années, des jeux pour un magazine informatique qui souhaitait les tester et que ton red'chef n'arrivait pas à avoir par les attachés de presse. Mais t'inquiètes pas tu n'étais pas le seul à l'époque. Moi, j'achète à d'autres pirates aux Canada des logiciels que je n'arrive pas à avoir. Eux (ndr : Ils montrent une famille), papa veut jouer et taper son courrier, les gosses veulent jouer aux jeux que tous les magazines spécialisés vantent dans leurs pages. J'ai même des clients policiers. B : Tes clients tu les trouves comment ? S : Le net, le Minitel, les magasins. Jamais de Petites annonces. B : Tu fais comment pour te procurer les Logiciels ? S : Simple, avant il me suffisait de les acheter chez les fournisseurs. Maintenant, j'ai certains contact directement chez les producteurs de logiciels et contre quelques sous, ils m'envoient les sources, les copies des masters. J'ai plus qu'à mettre mon intro, des cheats-modes pour le fun si se sont des jeux, et direction le gravage. |
B : Tu veux donc me faire croire, que tu as des contacts chez Microsoft ou chez Cryo par exemple ? S : Peut être chez eux, peut-être pas ? No comment... B : Tu ne penses pas faire le jeu de ces sociétés informatiques justement ? Toi tu vends 100 copies d'un logiciel, les gens qui vont l'apprécier vont ensuite l'acheter légalement ? Si tu n'existais pas peut-être que les prix baisseraient ? Car toi pirate, tu es dans le prix du logiciel ? Tu coûtes de l'argent à ces créateurs, producteurs ? S : Justement si j'ai contribué à faire apprécier un logiciel c'est plutôt chouette... B : Et quand la boite ferme, après cette retrouvée avec 1000 originaux vendus, et toi tu en as vendu 10 000 ? C'est toujours aussi chouette ? S : C'est le jeu. Mais sérieusement je ne connais pas d'entreprise créant des jeux micro qui ait disparu à cause de la piraterie. A part effectivement MCS, mais ca date... (NDLR : époque de l'Amstard Cpc) B : Pirater des jeux, ça t'amuse ? S : A fond. C'est la belle vie. Et la vie d'un business, c'est aussi la mort. Le business de la micro, nous aussi, pirates, nous le faisons vivre. S'il n'y avait pas de copies, penses-tu vraiment que les gens se jetteraient chaque Noël sur les magasins pour acheter l'ordinateur. B : Tu ne fais que dans le logiciel ? S : Non, je fais aussi dans les décodeurs, le portable, les codes barres... B : Le décodeur ? Tu peux expliquer ? S : Non. T : Pourquoi ? S : Parce que ! B : Et le portable ? S : Non plus ? J'aime bien les mobicartes de France Télécom. B : Et les codes barres ? S : No comment... B : Et la peur du gendarme ? S : Si t'es prudent, si tu t'entoures de vraies protections, il n'y a aucun problème. Je crois que je dois être le plus vieux pirate européen qui n'ait jamais eu de problème. B : Ca va durer ? S : J'y compte bien. Pour info : La loi punie de 1 à 3 ans le piratage informatique. Les amendes vont de 100 000 à 300 000 francs, sans compter l'argent qui est du aux entreprises piratées. Le dernier en date, en octobre 1997, l'Agence de protection des programmes à fait payer 1 370 000 et 1 100 000 FF à deux pirates français. Sur 523 millions de nouveaux logiciels utilisés dans le monde, près de la moitié seraient des copies. Le piratage de code barre consiste à réaliser des faux codes barres à partir de codes existant. Le pirate n'a plus qu'à les coller sur le produit convoité, et l'achat est joué. Une affaire touchant ce genre de piratage a couté fin Septembre 98, 2 ans de prisons avec sursis à un salarié d'un grand supermarché Parisien. Prejudice, plus de 700 000 Francs. Le pirate a été arrété à la caisse du magasin avec plus de 2 000 Francs de produits qu'il allait faire facturer 100 Francs. Encore un malin... |